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Les Etablissements Schneider

Economie sociale

Les mesures d'hygiène et de sécurité

Après un historique du Creusot de 1253 à 1912, cet ouvrage (non signé) présente les "bienfaits" apportés par les Schneider à la population du Creusot. Véritable bible du paternalisme, on ne pourra réellement apprécier son contenu qu'en faisant un rapprochement avec le livre de Jean-Baptiste DUMAY : Un fief capitaliste.

Documents et textes d'après
"Les Etablissements Schneider - Economie Sociale"
1912 - Lahure Ed.

Economie Sociale

LES MESURES D'HYGIÈNE ET DE SÉCURITÉ

LES MESURES D'HYGIÈNE

Depuis de longues années déjà, MM. Schneider ont pris une série de mesures, destinées à assurer des garanties très sérieuses au point de vue de l'hygiène et de la sécurité. Cette organisation s'étend d'ailleurs au delà des usines et profite aux agglomérations ouvrières avoisinantes.
Bien avant que les dispositions de la loi du 19 février 1902, sur la protection de la santé publique, aient amené la création d'un bureau municipal d'hygiène au Creusot, MM. Schneider y avaient spontanément institué un service d'hygiène. La direction de ce service est actuellement confiée au Médecin en chef de l'Hôtel- Dieu, dont les attributions englobent toutes les questions touchant à la santé du personnel : à ce titre, il agit, vis-à-vis de tous les services de l'Usine, comme un véritable inspecteur du travail. Il est, de plus, consulté par la Direction du personnel sur toutes les questions pour lesquelles une compétence médicale est nécessaire : embauchage des ouvriers et répartition entre eux des postes vacants, d'après leurs aptitudes physiques; changements d'emploi pour raisons de santé ; nouvelle affectation des ouvriers ayant subi, à la suite d'un accident, une incapacité permanente partielle de travail. Enfin, il a la direction médicale des postes de secours aux blessés.
L'hygiène des locaux industriels est l'objet d'une surveillance permanente ; à des intervalles réguliers, tous ces locaux sont désinfectés et repeints ou blanchis; de plus, les chefs d'atelier et contremaîtres doivent veiller, avec le plus grand soin, à ce que les ouvriers tiennent les ateliers dans un état de propreté rigoureuse. Le chauffage, la ventilation et l'éclairage sont organisés de manière à améliorer le plus possible les conditions matérielles du travail.

Bains douche de la forge du Creusot
Les locaux nouvellement construits comportent l'application des plus modernes principes d'hygiène et se font remarquer par leurs dimensions spacieuses. Dans les ateliers anciens, des aménagements progressifs donnent des résultats satisfaisant largement aux conditions requises. Des dispositifs spéciaux sont toujours étudiés pour éliminer, ou tout au moins réduire au minimum, l'influence nocive de certaines poussières.
Une amélioration récente, pour l'hygiène des ouvriers, est la construction de piscines ou bains-douches. Des piscines ont été établies non seulement dans les services de mines, où les règlements administratifs en vigueur les prescrivent, mais encore dans tous ceux où les conditions du travailles rendent particulièrement utiles (hauts-fourneaux, aciéries, forges, presses et pilons). Au début, le personnel ne semblait pas les apprécier; bientôt toutefois, il en a reconnu les avantages et il les utilise de plus en plus.

Le seul poste de bains-douches de la forge a donné, au cours de l'année 1911, 94 900 douches, soit 1 825 par semaine, pour un effectif de 2 600 ouvriers. Et encore le service de la forge ne comporte-t-il que cinq équipes de jour et six équipes de nuit par semaine.
Quand le personnel d'un service l'implique, la piscine est divisée en deux parties complètement séparées, l'une destinée aux hommes adultes, l'autre réservée aux enfants et aux adolescents. Les salles sont chauffées au moyen de radiateurs ; pour les adultes, elles comprennent une série de cellules individuelles qui, par la disposition de leurs cloisons, sont tout à fait isolées les unes des autres. Ces cellules sont constituées par des parois que l'on peut facilement laver et aseptiser. L'eau est distribuée à la température voulue, par des jets en « pomme d'arrosoir ».
Les réfectoires, destinés à permettre aux ouvriers de prendre leur repas à l'Usine, en dehors de l'atelier, quand ils habitent trop loin pour retourner chez eux, sont aménagés de manière à en rendre le séjour aussi pratique et hygiénique que possible. Ils comportent des séries de casiers pour déposer les « paniers », des lavabos, et des appareils, de systèmes divers, permettant de cuire ou de réchauffer certains mets. La propreté de ces réfectoires est assurée par un agent spécial ; les tables, qui doivent être lavées après chaque repas, sont en ciment armé, ou bien recouvertes de zinc.
Une Commission, dite des logements insalubres, constituée par le Chef du service d'hygiène, un architecte et un agent de la Régie du Domaine, surveille toutes les cités ouvrières et tous les logements isolés, dépendant des Établissements Schneider. Chaque fois que ceux-ci acquièrent un immeuble, il est examiné par la Commission et, s'il n'est pas jugé sain, bien situé et bien construit, il est voué à la démolition. Cette Commission instruit également toutes les réclamations faites par le personnel, au sujet des logements qui lui sont loués. U ne partie des heureux résultats, constatés dans l'état de la santé ouvrière au Creusot, doit être attribuée à cette lutte, fort ancienne déjà, contre les logements insalubres : les vieux immeubles, qui n'ont pu être aménagés avec les garanties voulues de salubrité, sont tombés les uns après les autres sous « la pioche hygiénique ».
Enfin, le service d'hygiène cherche à profiter de toutes les circonstances pour restreindre la propagation des maladies constitutionnelles, contagieuses ou épidémiques. Tout cas suspect doit être immédiatement signalé et les moyens voulus d'isolement, de désinfection ou de prophylaxie sont aussitôt envisagés. Une propagande active, tendant à diffuser dans la population des notions d'hygiène générale, est d'ailleurs faite (ainsi que nous avons eu l'occasion de l'indiquer pour la première enfance) par les répartiteurs du Bureau de Secours, par les ouvriers-infirmiers et par les religieuses garde-malades. Les médecins attachés aux Établissements Schneider font également des conférences et distribuent des brochures destinées à combattre la tuberculose, l'alcoolisme, etc., etc ...
Les mesures destinées à assurer la sécurité du personnel et des usines n'ont pas été l'objet de moins d'attention que celles relatives à l'hygiène. Un Inspecteur des services de sécurité est chargé de toutes les questions concernant soit les risques d'accidents, soit les risques d'incendie.
Grâce aux enseignements d'une longue expérience et aux multiples dispositifs de protection, adoptés depuis de nombreuses années, la proportion des accidents et des sinistres a pu être sensiblement abaissée. De plus, divers règlements successifs et des prescriptions pratiques, dont l'observation est rigoureusement surveillée, ont toujours coordonné les moyens à employer pour prévenir les accidents, et pour réduire au minimum les conséquences de ceux qui n'ont pu être évités.
Après la promulgation de la loi du 2 novembre 1892 sur le travail des enfants, des adolescents et des femmes, et de la loi du 12 juin l893 sur l'hygiène et la sécurité des travailleurs dans les établissements industriels, et bien que les dispositions antérieurement prises aient, dans la plupart des cas, devancé leurs prescriptions, les Établissements Schneider ont refondu tous leurs anciens règlements. Ils se sont inspirés, en dehors de l'expérience acquise dans les différents services et des articles des lois françaises, de documents publiés par la Société de protection des apprentis, par l'Association des industriels de France contre les accidents du travail, et d'un certain nombre de règlements étrangers.
Le règlement actuel comprend d'abord des prescriptions générales, communes à tous les services, puis une série de chapitres relatifs à chaque catégorie d'appareils. Les contremaîtres reçoivent, avec les prescriptions générales, le ou les chapitres concernant leur atelier. Ils ont ainsi, en peu de pages, des instructions nettes et précises qu'ils doivent lire et commenter périodiquement au personnel sous leurs ordres.

Pompe à Incendie à vapeur au Creusot
POMPE À INCENDIE À VAPEUR AU CREUSOT

En plus des dispositions, réglementaires ou spontanément adoptées, pour la protection des organes dangereux des machines, les Etablissements Schneider appliquent, dans tous leurs ateliers, une mesure qui diminue encore les chances d'accidents ; tous les organes protecteurs des courroies, volants, engrenages, etc., sont peints en rouge vif. Cet emploi d'une couleur voyante et indicative, dont les résultats ont dépassé ce que l'on pouvait en attendre, est adopté maintenant par les grandes Compagnies de chemins de fer français, qui ont fait peindre en blanc toutes les parties saillantes sur les voies.

LES MESURES DE SÉCURITÉ

Pour assurer la sécurité générale des Usines, le service de sécurité dispose au Creusot des organisations suivantes : Sections de Secours, Brigade à Feu et Brigades de Réserve.
Les Sections de Secours, au nombre de 124, sont constituées par des ouvriers qui ont pris volontairement l’engagement de prêter, en cas de danger, leur aide pour la protection de l'Usine (personnel et matériel. Ainsi que le stipule le règlement instituant ces Sections, chacun de leurs membres « doit comprendre qu'il s'agit de secourir, aussi efficacement que possible, les camarades qui, à l'intérieur de l'Usine, pourraient se trouver en danger, et aussi de préserver les outils ou ateliers, qui sont le gagne-pain de tous ». Ces Sections sont familiarisées avec l’emploi du matériel d'extinction, pour les cas d'incendie, et elles sont habituées à se rassembler, rapidement et en ordre, derrière leurs chefs pour parer à un danger quelconque.
Suivant son importance, chaque atelier renferme une ou plusieurs Sections de Secours.
Les ouvriers qui ont demandé à en faire partie sont groupés par les soins des contremaîtres. Ils nomment des chefs de file, qui constituent la Section de Secours et chaque chef de file a directement sous ses ordres dix volontaires. Les contremaîtres sont les chefs naturels des Sections de Secours constituées avec leur personnel. Les chefs d'ateliers, de fabrication et de service forment les degrés de la hiérarchie, pour diriger les Sections de Secours d'un même service.
Des instructions, concernant la conduite à suivre au sujet des incendies, des ruptures de conduites, des explosions de générateurs et des dangers imprévus, sont distribuées aux contremaîtres et chefs de file. Chaque jour, l'Inspecteur des services de sécurité réunit en un point déterminé de l'Usine la Section de Secours correspondante: il lui fait une instruction sur son rôle et sur l’emploi du matériel mis à sa disposition. Cette instruction permet en outre de répandre des notions d'ordre, de devoir et de discipline. Ces Sections de Secours, organisation d'un caractère nettement professionnel, dont la création remonte à 1901, ont prouvé leur utilité en maintes circonstances ; elles ont notamment arrêté de nombreux commencements d'incendie.


FOURGON-POMPE AUTOMOBILE AU CREUSOT

La protection de l'Usine contre l'incendie est assurée par des conduites d'eau sous pression et par un nombre considérable de bouches d'incendie, repérées par des plaques émaillées très apparentes, et réparties dans les cours à des distances variant de 50 à 80 mètres. De plus, des boîtes, peintes en rouge, sont distribuées sur les murs des différents services et contiennent, pour les premiers secours, deux tuyaux de 20 mètres, une lance, une hache et des seaux en toile. Le matériel d'incendie proprement dit comprend : quatre pompes à bras, une pompe à vapeur, et un fourgon-pompe automobile, du modèle de la Ville de Paris, permettant d’utiliser simultanément six lances, à 200 mètres de tuyaux chacune.
En vertu d'un traité passé avec la municipalité, les Établissements Schneider se chargent du service d'incendie de la ville du Creusot.
La Brigade à Feu constitue un service permanent. Les sapeurs de la Brigade, hommes jeunes, robustes et énergiques, forment deux équipes, l'une de jour, l'autre de nuit. Ils ont à leur tête un Capitaine de la Brigade à Feu, choisi, de préférence, dans les cadres du Régiment des Pompiers de Paris et chargé de l'instruction et de la surveillance de la Brigade, sous la direction de l'Inspecteur des services de sécurité. Une des principales missions des équipes est de faire des rondes. Une ronde spéciale et plus importante est effectuée peu de temps après la sortie des ateliers. Quatre tournées de rondes, qui se succèdent sans interruption, sont faites pendant la nuit. Les sapeurs, toujours en uniforme dans le service, ont une permanence au corps de garde, relié au poste central téléphonique de la Direction.
L'équipe de jour fait la manœuvre des pompes et engins de sauvetage, entretient le matériel en bon état et visite les bouches d'incendie de l'Usine. Tous les sapeurs doivent être en état, sans retard, de prêter main-forte en cas de sinistre ou de danger quelconque.
Les Brigades de Réserve se recrutent, comme les Sections de Secours, par inscriptions volontaires parmi les ouvriers. Les hommes qui en font partie reçoivent une indemnité mensuelle spéciale. Elles sont commandées par le Capitaine de la Brigade à Feu et relèvent de l'Inspecteur des services de sécurité. L'instruction des hommes comporte deux séances par mois, le dimanche matin.

Le Creusot - La brigade à feu
LE CREUSOT - LA BRIGADE À FEU

En vertu du récent décret du 2 juin 1911, les mesures de sécurité contre les dangers d'incendie sont réglementées dans les usines ; elles visent surtout les premiers secours, destinés à assurer le sauvetage du personnel. Comme nous venons de le voir, l'organisation adoptée par MM. Schneider a prévenu depuis longtemps ces prescriptions, qui se traduiront par des modifications de détail sans importance.
Dans leurs autres centres de fabrication, les Établissements Schneider ont créé des Sections de Secours analogues à celles du Creusot. Le matériel d'incendie est de type variable, suivant l'importance des ateliers à défendre et aussi suivant la proximité plus ou moins grande d'une Compagnie de sapeurs-pompiers.

Moto- pompe de la batterie des Maures

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